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NOTICE SUR LA CARRIÈRE ET L’ŒUVRE SCIENTIFIQUE MARC ANGENOT (* Bruxelles, 1941) a obtenu en 1967 un doctorat en philosophie et lettres de l’Université libre de Bruxelles avec une thèse principale sur la Rhétorique du surréalisme et une thèse annexe sur le créole haïtien. Ses thèses avaient été dirigées par l’éminent philologue et stylisticien Albert HENRY. Parmi ses autres professeurs, on mentionnera le philosophe de la nouvelle rhétorique, Chaïm PERELMAN, et le pionnier de la sociologie de la littérature, Lucien GOLDMANN. Marc Angenot est depuis 1967 professeur à l’Université McGill de Montréal au Département de langue et littérature françaises.1 Il a été nommé pour un mandat de quinze ans, 2001-2015, à une chaire de recherche, le James McGill Professorship d’étude du discours social. Il est membre de l’Académie des lettres et des sciences humaines, l’une des trois composantes de l’Académie canadienne des lettres, des sciences et des arts2 où il a été élu en 1985, dont il est devenu le secrétaire en 2001 et de laquelle il a été le vice-président de 2003 à 2004. Le PRIX DU QUÉBEC LÉON-GÉRIN lui a été décerné en 2005 pour l’ensemble de son œuvre. LE PRIX DES SCIENCES HUMAINES ANDRÉ-LAURENDEAU lui a également été décerné en 1996. Ses domaines de recherche sont l’analyse du discours, l’histoire des idées politiques et sociales, la rhétorique et la théorie de l’argumentation. Son œuvre développe notamment une théorie du discours social. Abondamment citée et commentée,3 cette œuvre a fait l’objet en 2004 d’un numéro du Yale Journal of Criticism, “Marc Angenot and the Scandals of History”, dirigé par Robert F. BARSKY (Vanderbilt University à Nashville). Les premiers livres de Marc Angenot ont porté sur les marges de la littérature canonique et sur des secteurs négligés par la tradition universitaire. Le roman populaire : recherches en paralittérature (1975) aborde les thèmes et les genres du roman-feuilleton du 19e siècle entre Les Mystères de Paris et Fantômas. Auteur de plusieurs études sur l’utopie et la science-fiction, Angenot fut, entre 1978 et 1984, co-directeur de Science-Fiction Studies, qui était et demeure la seule revue savante en ce domaine. Son essai « Le Paradigme absent », Poétique, no 33: 1978, est une référence théorique classique.4 Dès cette époque, Marc Angenot travaille à la reviviscence de l’ancienne rhétorique dans le cadre des méthodes nouvelles d’analyse sémiotique des textes. La Parole pamphlétaire, ouvrage publié chez Payot en 1982 et régulièrement réédité, constituait une percée dans l’analyse négligée des genres polémiques. Les Champions des femmes (1977) examine une vaste tradition érudite et galante qui, entre 1400 et 1800, prétend démontrer à grand renfort d’exempla et de preuves topiques la supériorité du sexe féminin. La Critique de la raison sémiotique, fragment avec pin up [1985; ouvrage traduit en anglais, Critique of Semiotic Reason] procède à une confrontation systématique des théories sémiotiques de Charles S. PEIRCE à Umberto ECO, diversement oublieuses du fait social. Pour Marc Angenot, la rhétorique de l’argumentation ne devait être toutefois qu’une composante d’une discipline émergente à laquelle il allait consacrer son énergie et sa créativité: l’analyse du discours. Ses premiers travaux en ce domaine datent du début des années 1980. On verra par exemple «Le discours de l’anthropologie préhistorique», dans le collectif «Le pouvoir dans ses fables», Littérature, 50: 1983.5 Et la même année, une « Lecture intertextuelle d’un texte de Freud », Poétique, no 56.6 Angenot s’emploie à développer à cette époque la théorie du discours social : il s’agissait de construire une problématique et une batterie de concepts susceptibles de rendre raison en synchronie de la totalité de ce qui s’écrit, s’imprime et se diffuse dans un état de société. De ce projet sortira un ouvrage de mille deux cents pages, analyse en coupe de l’imprimé français au cours d’une année entière et exposé de ladite théorie, Mil huit cent quatre-vingt-neuf: un état du discours social, 1989. À l’ouvrage principal s’adjoignent quatre autres livres, parus en Europe ceux-ci et développant certains aspects de la question: Le cru et le faisandé: sexe, discours social et littérature, Bruxelles, 1986 ; Le Centenaire de la Révolution, Paris, 1989; Ce que l’on dit des Juifs en 1889 : antisémitisme et discours social, Paris, 1989 (ce dernier travail prolongé par une étude ultérieure, Un Juif trahira : le thème de la trahison militaire dans la propagande antisémite, 1995; rééd. 2003). On a aussi, sur la publicité en vers au tournant du siècle, L’Œuvre poétique du Savon du Congo, Paris, 1992. On peut voir enfin un recueil en espagnol, Interdiscursividades: de hegemonìas y disidencias, Còrdoba, 1999, qui traduit un certain nombre d’essais théoriques. La théorie du discours social sert aujourd’hui de référence à de nombreux chercheurs dans les Amériques et en Europe. Les questions de sociocritique de la littérature ont continué parallèlement à susciter la réflexion du chercheur. On verra par exemple son essai bien connu, « Que peut la littérature ? Sociocritique et critique du discours social », dans le volume d’hommage à Claude DUCHET, La Politique du texte, Lille, 1992. Au cours des années 1990, la réflexion d’Angenot s’est orientée vers l’histoire des idées, vers la philosophie politique et vers l’histoire des militantismes progressistes et de ce qu’il analyse comme les Grands récits. Ses nombreux livres en ce domaine font d’Angenot un des spécialistes éminents de l’histoire des idéologies et particulièrement, de l’histoire du socialisme. Le premier en date est Topographie du socialisme français 1889-1890, 1990 (réédité en 2006). L’Utopie collectiviste, paru aux PUF en 1993, traite de la représentation de la société censée sortir de la révolution, vue par les leaders et les propagandistes officiels de la Deuxième Internationale. La Propagande socialiste, 1997, est un recueil d’essais portant sur la presse et les brochures émanant du mouvement ouvrier européen à la même époque. L’antimilitarisme: idéologie et utopie, 2003, étudie ce puissant mouvement qui se développe dans l’extrême gauche d’avant 1914. Enfin, portant sur une époque ultérieure, La critique au service de la révolution, Louvain et Paris, 2000, analyse la critique littéraire et artistique communiste des années d’entre-deux-guerres. Vers la fin des années 1990, Marc Angenot allait étendre sa réflexion en remontant à la critique sociale romantique et aux «socialistes utopiques». De cette prise à bras le corps des deux siècles de la modernité politique, sortiront quatre nouveaux ouvrages: Colins et le socialisme rationnel, 1999, qui porte sur le plus oublié des faiseurs de grands «systèmes» du 19e siècle et sur ses disciples, les «logocrates» ou «socialistes-rationnels». Les Grands récits militants, religions de l’humanité et sciences de l’histoire, Paris, 2000, analyse les modes successifs de légitimation des idéologies du progrès dans la modernité séculière. La démocratie, c’est le mal examine, comme l’indique le sous-titre, un siècle d’argumentation anti-démocratique à l’extrême gauche, 2004. Enfin, paru également en 2004, Rhétorique de l’anti-socialisme, essai d’histoire discursive 1830-1917 porte sur un siècle de polémiques en Europe contre les idées et les projets socialistes et reconstitue l’«arsenal» des arguments mobilisés contre eux. Récemment, Angenot a livré une synthèse de 500 pages intitulée Le marxisme dans les Grands récits, essai d’analyse du discours, Québec et Paris, 2005: c’est une étude, non de la pensée de Karl Marx, mais du «socialisme scientifique» en tant qu’orthodoxie idéologique et objet de foi absolue entre la Commune et la Grande Guerre. La réflexion critique d’Angenot a porté aussi à quelques reprises sur les idéologies et sur la culture contemporaines. Les idéologies du ressentiment (Montréal, 1996) est une analyse des raisonnements propres aux nationalismes, aux communitarismes et idéologies «victimales» d’aujourd’hui, critique qui a fait grand bruit. D’où venons-nous, où allons-nous? (2001) est un essai sur la décomposition de l’idée de progrès et sur les transformations du paysage idéologique en Occident depuis la chute du Mur de Berlin. Marc Angenot a également dirigé divers ouvrages collectifs. On citera avant tout la monumentale et internationale Théorie littéraire, problèmes et perspectives (Paris, PUF, 1989; ouvrage traduit en chinois, en espagnol, en grec et en portugais). Angenot a co-fondé à Montréal en 1990 le Centre interuniversitaire d’analyse de discours et de sociocritique des textes (CIADEST). La mise sur pied de ce centre avait été conçue par Antonio GÓMEZ-MORIANA, Régine ROBIN et Marc Angenot qui en fut le premier directeur. Sa création se justifiait par la présence au Québec d’un nombre appréciable de chercheurs reliés à ces disciplines émergentes.7 Il a également fondé en 1988 et il dirige toujours la revue Discours social qui s’est transformée en 2001 en une collection de monographies et de travaux collectifs publiés sous l’égide de la Chaire James-McGill. Trente-trois volumes de cette deuxième série ont paru. Il y a personnellement publié plusieurs études qui ne sont pas sorties en édition commerciale: – On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, et Autres essais, – L’ennemi du peuple: la représentation du bourgeois dans le discours socialiste, – La chute du Mur de Berlin dans les idéologies. Actes du colloque de mai 2001 à Paris, ensemble co-dirigé avec Régine ROBIN. – Représenter le 20e siècle. Actes du colloque de 2003 (avec Régine ROBIN), – Interventions critiques, recueils de ses principaux articles non repris en des livres, en cinq volumes, – Anarchistes et socialistes: trente-cinq ans de dialogue de sourds8, – Religions séculières et Synthèses du 20e siècle: deux essais bibliographiques, – Tombeau d’Auguste Comte – Vivre dans l’histoire au 20e siècle, paru en 2008 de même que : — Gnose et millénarisme, deux concepts pour le 20e siècle. En 2009, — L’immunité de la France envers le fascisme. Suivi de: Le fascisme dans tous les pays; et — Dialogue entre Laurence Guellec et Marc Angenot, Rhétorique, théorie du discours social, dix-neuvième siècle, histoire des idées. Angenot a contribué par des chapitres, des études et des préfaces9 à quatre-vingt-dix ouvrages collectifs parus au Canada, ailleurs dans les Amériques et en Europe. Il a publié plus de cent vingt-cinq articles dans des revues scientifiques. Certains de ces articles ont été traduits en anglais, en portugais, en arabe, en chinois et japonais. Il a fait au cours de sa carrière plus de cent cinquante communications dans des colloques et de nombreuses conférences tant au Canada qu’à l’étranger. Il a notamment co-organisé en novembre 2007 un colloque international à Montréal sur La loi, la mémoire et l’histoire / Law, Memory, and History. Il fait partie de plusieurs centres de recherche et de comités de rédaction de revues savantes de par le monde. Il a été invité à enseigner au cours des années dans diverses universités du Canada, du Brésil, d’Argentine, d’Israël, des Etats-Unis, de Belgique et de France. Il est membre notamment du CENTRE INTERUNIVERSITAIRE D’ÉTUDES SUR LES LETTRES, LES ARTS ET LES TRADITIONS, Québec et Montréal, membre de la SOCIÉTÉ D’ÉTUDE DES LANGAGES DU POLITIQUE, Paris, et membre du CRIST, CENTRE DE RECHERCHE INTERUNIVERSITAIRE EN SOCIOCRITIQUE DES TEXTES à Montréal. Il est actif dans plusieurs comités de rédaction dont celui de la revue Mots, Paris. Marc Angenot a terminé, en collaboration avec RÉGINE ROBIN, une recherche portant sur «L’instrumentalisation du passé : l’idéologie contemporaine aux prises avec le 20e siècle» et il entame un projet, subventionné par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, qui fait suite à celle-ci, «Effacements et oblitérations: enquête sur les régimes d’amnésie et de réfection du passé des sociétés contemporaines». Angenot a fait paraître en février 2008 aux Éditions Mille et une Nuits à Paris un traité de rhétorique de l’argumentation, Dialogues de sourds: Traité de rhétorique antilogique. Il a publié récemment un essai sur le monde contemporain et la sécularisation intitulé En quoi sommes-nous encore pieux? Sur l’état présent des croyances en Occident, paru en 2009 aux P.U. Laval dans la collection «Verbatim». Il a commencé la rédaction de son prochain livre dans le sillage de sa théorie rhétorique, « Fascisme » : essais de sémantique polémique. Juin 2009.